Sevrer trop vite m’a valu des nuits pires que celles d’avant

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Sevrer trop vite m’a laissé un pyjama trempé à 4 h 12, à Bar-le-Duc (Meuse), dans la rue du Bourg, quand j’ai compris que mon sevrage nocturne brutal avait mal tourné, à 42 ans. Mes seins étaient durs et chauds, et mon bébé pleurait encore dans la chambre sans comprendre pourquoi j’avais tout coupé d’un coup. J’ai été convaincue qu’un arrêt net me rendrait le sommeil. J’ai surtout gagné 20 heures de fatigue sur cinq nuits, et ce chiffre m’est resté en travers.

Le jour où j’ai compris que ça ne marchait pas

Après plusieurs mois d’allaitement, j’ai voulu arrêter les tétées de nuit du jour au lendemain. J’étais fatiguée, agacée, et j’avais cette impatience très bête de retrouver une nuit complète sans passer par le même réveil à 4 h. J’étais sûre de moi, presque soulagée d’avoir enfin pris une décision. Avec mes deux enfants, j’avais déjà traversé assez de nuits hachées pour croire que mon corps suivrait ma tête.

La première nuit m’a rattrapée d’une façon très physique. Au réveil, « mes seins étaient durs comme de la pierre, brûlants au toucher, au point que je devais les soutenir en me levant ». La chaleur locale me gênait au moindre mouvement, même quand je portais mon bébé contre moi pour le calmer. Il pleurait toutes les heures, puis encore, avec des réveils qui revenaient si vite que j’avais l’impression de ne jamais redescendre dans le sommeil.

J’ai d’abord cru que c’était le prix de deux ou trois nuits pénibles. Puis j’ai vu mon bébé tourner la tête de droite à gauche dans le lit, sans se réveiller complètement, comme s’il cherchait encore le sein. Ses pleurs n’avaient rien d’une faim nette, c’était plutôt une protestation sèche, presque vexée. Moi, je me suis retrouvée avec une poitrine tendue, une gêne au moindre geste, et cette petite question qui tourne bêtement dans la tête, pourquoi j’avais cru que tout irait plus vite que ça ?

Les erreurs que j’ai faites et leurs conséquences concrètes

J’ai coupé toutes les tétées nocturnes d’un coup, sans transition progressive, en pensant qu’il s’habituerait tout seul. Le lait s’est accumulé, la pression est montée, et mes seins ont gonflé au point de me réveiller avant même le premier pleur. Le matin, je devais caler mes deux mains dessous pour me lever, tant la tension tirait sur la peau. J’ai l’habitude de reprendre un texte quand il sonne faux, et là, j’aurais dû voir que mon corps sonnait faux lui aussi.

  • J’ai supprimé toutes les tétées nocturnes d’un coup.
  • J’ai attendu que bébé s’habitue sans réduire progressivement.
  • Je n’ai pas soulagé mes seins quand ils sont devenus trop durs.
  • J’ai remplacé la tétée par un biberon ou de l’eau un soir oui, un soir non.

Quand la tension a commencé, j’ai cru que ça passerait en dormant. Mauvais calcul. Les fuites ont taché mon t-shirt deux matins de suite, et ma brassière trop serrée a laissé une zone localisée sensible juste sous l’aisselle. Une petite boule s’est installée sur le côté, à peine visible, mais bien assez nette pour me gêner quand je me penchais. Je n’ai rien vidé, je me suis contentée de serrer les dents, et ça m’a saoulée plus vite que je ne voulais l’admettre.

Le pire, c’est l’eau donnée un soir, puis le biberon le suivant. Mon bébé ne cherchait pas seulement à boire, il cherchait le même geste, la même odeur, la même fin de nuit. Résultat, il s’est mis à réclamer plus, à pleurer avant même d’être bien réveillé, puis à repartir dans des réveils de protestation à répétition. Je l’ai vu s’accrocher au coucher, tétée plus longue, bouche qui refuse de lâcher, comme si j’avais déplacé le repère sans lui expliquer quoi que ce soit.

J’ai compté au moins cinq nuits où je me suis levée toutes les heures, épuisée et incapable de calmer bébé, alors qu’avant il dormait au moins trois heures d’affilée. Les réveils de 4 h sont devenus les pires, avec des pleurs plus forts que ceux du début. J’ai fini par prendre rendez-vous chez la pédiatre pour vérifier que mon bébé allait bien, parce que je ne savais plus si je voyais un simple refus ou autre chose. Entre la fatigue, les draps froissés et les tasses de café froid, j’avais l’impression d’avoir perdu le fil de mes propres gestes.

Ce que j’aurais dû faire et ce qu’on ne m’a pas dit

J’avais lu chez La Leche League l’idée d’un sevrage progressif, mais j’avais refermé le téléphone trop vite. Je sais que je coupe trop vite les détails quand je veux une page propre, et j’ai fait la même erreur avec mes nuits. La bonne marche, dans mon cas, aurait été de retirer une seule tétée, puis d’attendre 5 jours avant d’en toucher une autre, en gardant le bain, le câlin, l’histoire et la lumière basse exactement au même endroit. Rien de spectaculaire, juste un rythme qui ne casse pas tout d’un coup.

J’aurais dû repérer plus tôt les signes qui précédaient la casse. Mes seins devenaient tendus avant minuit, bébé tétait plus longtemps le soir et s’accrochait au coucher, et je sentais déjà une succion inconfortable quand ma poitrine était trop pleine. J’ai été frappée par le fait que les réveils de 4 h étaient toujours les plus durs, ceux où le moindre changement me sautait au visage. Quand une zone localisée est devenue sensible et qu’une petite boule a persisté, j’aurais dû ralentir au lieu de forcer.

Le relais de l’autre parent pour les rendormissements m’aurait évité plusieurs allers-retours dans le couloir, et je l’ai compris trop tard. Je voyais bien que bébé se calmait moins vite quand il retrouvait mon odeur, et que le simple fait d’être portée ne suffisait pas à tout éteindre. J’aurais aussi dû soulager un peu les seins, juste assez pour faire retomber la pression et laisser le lait se drainer partiellement, parce que la boule douloureuse et la sensation de canal bouché n’étaient pas loin. Quand la douleur a duré plus de 2 jours et que la rougeur a gagné du terrain, j’ai appelé la pédiatre sans discuter.

Les leçons que je tire de cette expérience

J’ai compris que mon corps n’obéissait pas au même tempo que ma décision. Une nuit, je me suis assise au bord du lit avec mon bébé contre moi et j’ai pleuré sans bruit, parce que je ne savais plus si je le consolais ou si je l’agaçais encore plus. Cette nuit-là m’a laissée vidée, et je me suis sentie petite devant quelque chose de très banal en apparence. Le lendemain, je n’avais pas une grande révélation, juste une lassitude très nette.

Je regrette d’avoir cru que couper net les tétées nocturnes me rendrait automatiquement des nuits paisibles, alors qu’en réalité j’ai plongé dans un cycle infernal de douleurs et de pleurs. Les 20 heures de sommeil avalées par ces cinq nuits trop courtes m’ont coûté bien plus qu’un peu de fatigue. J’ai appris que les textes trop pressés laissent des trous, et j’ai laissé les mêmes trous dans mon allaitement. Je n’ai pas seulement perdu du repos, j’ai aussi perdu de la douceur dans un moment où j’aurais eu besoin de lenteur.

Si j’avais su, j’aurais gardé la main plus légère et j’aurais laissé mon bébé me montrer le tempo au lieu de lui imposer le mien. Pour quelqu’un qui accepte de laisser quelques nuits bancales et de garder le même rituel, cette histoire aurait eu un autre visage. Moi, je voulais une sortie nette, propre, presque élégante, et j’ai surtout eu des réveils hachés, des draps humides et une mauvaise humeur collée au matin. Je l’aurais préparé autrement, avec moins d’entêtement, moins de hâte, et un peu plus de respect pour ce que mon corps disait déjà.

Avatar de Murielle Couturier
La rédactrice